ROMANS
ALANI Feurat « Le ciel est immense », Ed JC Lattès 08/25, 269 p, 20,90€(Gilles KRIKORIAN). C’est en 2008 par le biais d’une émission télévisée russe que Taymour lance un avis de recherche sur Adel, son oncle, pilote d’exception irakien, qu’il n’a pas connu et qui a mystérieusement disparu en 1974 après sa formation d’aviateur en URSS. Sa recherche se transforme en enquête obsessionnelle lorsque Taymour s’aperçoit que des doutes subsistent dans l’histoire de cet oncle fantôme : accident lors d’une mission en vol, suicide ou disparition de son plein gré ? C’est avec une écriture riche, sincère et toute en émotion que l’on suit cette histoire familiale poignante entre Bagdad et Paris. Taymour, arrivera-t-il à percer le secret de famille imposé par le pouvoir matriarcal sur le passé trouble d’Adel ? Prix Le Mans Antoine de Saint-Exupéry.
CHAVANETTE Loris « Le concours de pêche », Allary Éditions, 08/25, 241 p., 19,90 € (Barbara MARTINEC) Une petite histoire autour d’une partie de pêche tout à fait sympathique. J’ai fortement apprécié le style fluide mais économe. Au début il y a un échec amoureux pour le jeune Alexandre, ensuite sa décision de quitter Paris et de partir à Sète. On y connaîtra le triste passé de son père et, surtout, l’histoire d’une lourde perte pour Jonas, l’un des 8 participants au concours de pêche qui se disputera sur le quai de la République à Sète. Lecture qui fait du bien, c’est chaleureux et humain, tout ce dont on a besoin en ce moment.
CHEVRIER Simon « Photo sur demande », Ed Stock 01/25, 178 p, 19,00€ (Gilles KRIKORIAN). Officiellement, notre héros est un jeune étudiant toulousain qui prépare son CAPES. Officieusement, c’est un escort boy qui offre ses services à des hommes rencontrés sur des applications homosexuelles, pour pallier les problèmes financiers qu’il rencontre au quotidien et lui évitent de tomber dans la précarité. Dès le début du roman, c’est une quête de sens et de soi à laquelle se livre le héros, perturbé par sa relation complexe avec son père et la vision d’une photo montrant un homme nu se suçant l’orteil du pied. L’écriture factuelle se veut blanche dépourvue d’émotions. Cependant, une clarté émotionnelle finit par émerger, mais un peu tard, dans le récit. Prix Goncourt 2025 du premier roman.
DIDELOT,David : « Amityville, entre mythe et manipulation, l’enquête ultime ». JMG Editions, octobre 2025.236 pages.21 euros. Lecteur ROIG Magali. Dans la nuit du 13 novembre 1974, dans la petite ville résidentielle d’Amityville, à Long Island, près de New York, Ronald De Feo,23 ans, abat toute sa famille. Arrêté quelques jours plus tard, il fournit comme mobile la possession par une entité démoniaque ! Le mystère s’épaissit quand l’année suivante, la famille Lutz s’installe dans cette demeure de style hollandais et qu’elle se dit victime de phénomènes paranormaux. Le couple de médium démonologue Ed et Lorraine Warren s’intéressent dès lors à cette affaire. Dans cette enquête très bien documentée, ce récit construit, maîtrisé, l’auteur s’interroge sur les différents aspects du « phénomène Amityville »: le fait divers sordide, l’occultisme, le satanisme, l’emballement médiatique, l’exploitation cinématographique. Étude très intéressante sur, la société américaine des années 70 à travers un fait divers qui a marqué les États-Unis et qui a donné lieu à toute une série de films. Pour les cinéphiles amateurs de « True crime story »!!
GEORGE Elizabeth « Une si lente agonie. » Presses de la cité. Traduit de l’anglais (américain) par Nathalie Serval. 503 pages. 22,90€. Lecteur Céline DOBBELS. Un assassinat dans une région paisible et industrieuse de Cornouailles nous fait retrouver avec grand plaisir le couple mythique de la police anglaise créé par l’auteure : l’inspecteur Thomas Linley, issu de la haute aristocratie anglaise, qui roule en Bentley, a une classe folle, et doit faire survivre le château familial, et Barbara Havers, intuitive, fine dans ses raisonnements, mais dénuée de goût pour habiller sa petite personne un peu boulotte. Qui a assassiné Michael Lobb, entrepreneur de la région, au vécu familial un peu compliqué (et c’est un euphémisme !) plein de rancœurs et de colères. A lire sans modération
JONASSON Ragnar « Un calme blanc » Éditions de la Martiniére. Traduit de l’islandais par Jean-Christophe Salaün. 366p. 22 €. Lecteur Céline DOBBELS. C’est le deuxième volume de sa nouvelle trilogie « Trilogie blanche ». Nous allons, sans jamais nous perdre, de 2002, date de sortie du dixième et ultime opus de Elin S.Jons, écrivaine à succès de romans policiers, à 2005, interview de cette auteure, à novembre 2012, sa disparition soudaine. Et nous revenons en 1976 pour faire la connaissance d’Hulda Hermannsdottir, membre de la police criminelle, et qui, elle aussi, un jour, a disparu. Sans oublier 1965, lorsque 2 étudiants décident de commettre le crime parfait. Où est le point commun entre tout cela ? Nous le découvrons en suivant l’enquête de Helgi de la police criminelle. Écriture aux petits points, comme pour une magnifique tapisserie. J’attends la parution du dernier volet avec impatience.
JOURDE Pierre « La Marchande d’oublies » Gallimard, 08/25, 656p, 25€ (Milène THONY) Au 19ème siècle, une famille de clowns-acrobates, les quatre frères Helquin et leur sœur Thalia, se produisent dans des cirques et des foires. Leurs spectacles sont macabres. Leur jeune sœur est frappée de léthargie profonde. Un médecin aliéniste, Charles, va tomber fou amoureux d’elle. Alastair, cadet des Helquin, raconte sa vie à Charles. L’auteur s’est inspiré d’une véritable famille de clowns anglais très connue au 19ème siècle. Mystère et monstruosité. Un grand barnum littéraire. Se fonde sur l’engouement de l’époque pour la noirceur des spectacles des clowns anglais et de la psychiatrie. La psychiatrie naissante qui exhibait les malades. Incroyable roman qui ferait un film étonnant. Les oublies sont de fines gaufres !
MALTE Marcus « La pentatonique du cœur », Buchet-Chastel, 4/25, 205 p., 19 € (Barbara MARTINEC) Moments de vie d’un jeune de La Seyne-sur-Mer racontés par lui-même. En 1980, il a 13 ans et devient fan absolu du film Blues brothers. À partir de ce moment-là nous suivons sa petite personne au grand cœur jusqu’à ses 20 ans. Sa vie, ce sont les amitiés qui vous marquent pour la vie et la passion musicale. Tout dans ce roman tourne, bien sûr, autour du blues, tout baigne dans cette atmosphère. Le style de l’auteur – dont moi-même suis la plus grande fan – est des plus originaux, tant côté structure que côté langue, toujours aussi inventive. L’auteur excelle dans son maniement des mots – dans la même mesure que son jeune alter ego jouait de la guitare – et crée un univers à part, empreint d’amour et d’amitié, de solidarité sociale aussi. Plaisante lecture qui divertit. Achat conseillé.
STHERS Amanda « C », Grasset, 10/25, 220 p., 20 € (Barbara MARTINEC) Pas sûre de pouvoir qualifier ce texte de roman. Pour moi, il fonctionne comme livre politique et chronique sociale, et l’intrigue autour de ce couple vivant à Paris tombe au second plan. L’auteure est surtout là pour analyser l’état d’esprit de notre époque, elle se concentre sur l’antisémitisme sous tous ses aspects : à partir des « événements atroces » du 7 octobre 2023 sur le sol d’Israël, jusqu’aux épisodes de violences contre les Juifs sur le sol français, en passant par l’atmosphère de peur dans laquelle vivent les Juifs. Sinon, Rebecca l’éditrice est juive et son mari Gilles, architecte, est catholique et il en a ras-le-bol du judaïsme de son entourage. La grande épreuve que vit leur couple est constituée par un champignon qui envahit le plafond de leur chambre, et dont ils n’arrivent pas à se débarrasser… Texte dans lequel le côté « instructif » l’emporte sur le romanesque.
DOCUMENT
B9 – ATWOOD Margaret « Le Livre des vies. Mémoires écarlates » R. Laffont, trad. collectivement de l’anglais (Canada)11/25, 616 p, 25,90€ (Milène THONY) L’auteur de La Servante écarlate nous raconte sa romanesque vie, sa vocation d’écrivain, née parmi les ours du Canada, écologiste et respectueuse de la nature et de la vie animale. 86 ans de vie, dont 60 consacrées à l’écriture. Bilan d’une vie. « Quand on est jeune, beaucoup de choses sont des tragédies. Le temps passe, puis elles deviennent des comédies ». Signe ses premiers poèmes sous le nom de M.E Atwood pour ne pas être rangée dans la case auteur femme ! L’auteur dit : beaucoup de choses que je raconte dans le livre, en particulier le contrôle du corps des femmes, sont arrivées dans beaucoup d’Etats, notamment au Texas et en Floride. On leur refuse les soins médicaux. Tout peut arriver et n’importe où.Je prends mon travail au sérieux mais je ne me prends pas moi-même au sérieux. Mariée avec Graeme Gibson, lui-même écrivain, ils ont eu une fille : Eleanor Jess. Confidences d’une vie bien remplie. Par une icône mondiale de la lutte pour les droits des femmes. Réaliste et captivant mais avec des longueurs et trop d’anecdotes.
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