CERCLE DE LECTURE DU MARDI 3 FEVRIER 2026

ROMANS

BANK Zsuzsa « Mourir en été « ; Ed Rivages 2022 / 302p; 20€ (Christiane Dumont). Récit autobiographique, traduit de l’allemand. Zsuzsa Bank pensait passer cet été, particulièrement chaud, avec son père au bord du lac Balaton, en Hongrie, avec leurs souvenirs communs et respectifs. Mais l’accélération de la maladie de son père bouleverse tous ses plans : les sorties au lac et le temps dans la maison d’enfance vont être scandés par les étapes éreintantes des soins pour son père. L’autrice livre un témoignage réaliste sur le chemin de croix que représente la maladie pour le malade lui-même mais aussi pour sa famille. Elle parle de tout ce qui est en lien avec son père et les conséquences de la perte de cet être cher. D’où une réflexion sur les situations successivement vécues qui nous interpelle. Elle convoque aussi l’Histoire par les origines de sa famille. Une écriture fluide, poétique, une justesse et une attention dans l’expression des émotions rendent ce texte lumineux et bouleversant.

BARNETT Emily : « Debout, comme une reine ». Gallimard, 2026 ; 212 pages.20,50 euros. Lecteur ROIG Magali. Dans la nuit du 23 décembre 1996, Sophie Bouniol, épouse du très médiatique producteur de cinéma Daniel Toscan du Plantier, est assassinée près de sa maison à Toormore dans le sud de l’Irlande. Dès années plus tard la jeune journaliste Émily Barnett découvre ce fait divers qui de suite la passionne. En partant à la rencontre des proches de la victime, elle s’interroge sur cette femme, sa vie, ses désirs, sa mort. Dans ce roman qui mêle récit intime et enquête policière, l’auteure dresse le portrait d’une jeune femme  complexe, à la fois mondaine parisienne, malgré elle ,par son mariage et amoureuse des landes sauvages ,menant une riche vie sociale avec un caractère profondément solitaire, mariée à un très prolifique producteur de cinéma et n’ayant elle-même jamais réussi à produire ses propres créations (documentaire, roman).C’est une femme solitaire, tourmentée, à la grande richesse créatrice que nous présente l’auteure; ironiquement son assassin Ian Bailey ressemble par certains  côtés à sa victime :marginalité, en retrait dans son propre milieu, velléité artistique. Excellent roman sur une jeune femme qui ne demandait qu’à vivre pleinement, lire, écrire et créer.

BESSON Philippe « Une pension en Italie », Ed Julliard 11/25, 235 p, 21,00 € (Gilles KRIKORIAN). J’ai été immédiatement captivé par la jolie couverture de ce 25e roman de Philippe Besson. On aperçoit des volets ouverts sur un décor champêtre avec quelques cyprès, arbres emblématiques de l’Italie et de Florence en particulier. Par la symbolique de cette image, nous avons la possibilité de pouvoir entrer dans la sphère intime de l’auteur. Dès les premières phrases, Philippe Besson place le lecteur en position de confident et l’invite à vivre ces vacances italiennes comme un membre de sa famille dans la pension de San Donato, un petit village situé entre Florence et Sienne. C’est lors du décès de Gabrielle, la grand-mère de Philippe Besson, que ce dernier demande à sa mère, Suzanne, de lui raconter ce qu’elle savait au sujet de son grand-père. Ce grand-père qu’il n’a pas connu, car il a été rayé de l’arbre généalogique et renié jusqu’à son existence par Gabrielle qui a imposé à ses 2 filles de maintenir un silence absolu. Cinquante ans plus tard, suite à l’aveu de Suzanne, Philippe Besson va commencer à mener une enquête, pour comprendre qui était ce mystérieux aïeul qu’il n’a pas connu, en la complétant par des pistes de réflexions, des suppositions et interroger des zones d’ombre afin de donner du sens à cette histoire dramatique. La famille Virsac en apparence parfaite et qui vit à Nice, a pour habitude de passer ses vacances en Italie. En cette année 1964, ce sera la Toscane. C’est Paul, en homme expérimenté (il est professeur d’italien), qui a tout organisé : l’itinéraire en voiture, le programme des visites et l’hébergement dans une pension à San Donato. Gabrielle et ses 2 filles, Suzanne et Colette suivent aveuglément. Les premiers jours se passent à merveille. Le charme opère tout de suite grâce à l’ambiance conviviale de la pension, la splendeur des paysages et les sites pittoresques de la Toscane. Cependant, un événement va venir perturber la dynamique de cette famille et faire basculer l’histoire. Paul va faire une rencontre qui va ébranler ses certitudes et agir comme un révélateur de son véritable moi, sa vraie nature. Suzanne, la préférée de Paul constate des micro changements dans le comportement de son père : un geste d’impatience, un regard absent, des silences inhabituels. Elle se doute que quelque chose est en train de se passer, mais ne comprend pas.

Comme à son habitude, Philippe Besson cultive l’art de raconter simplement une histoire complexe. Nous avançons avec lui dans cette enquête où il déambule entre réalité et imagination ce qui confère à cette autofiction poignante une certaine originalité. En retraçant cet album de famille et en creusant le lien familial, il tend un miroir à chaque lecteur qui pourra se reconnaître et apportera un caractère universel à ce drame. Quelques flash-backs utiles posent la problématique et expliquent le long cheminement psychologique de Paul jusqu’à l’acceptation de ce qu’il est et de ce qu’il fait. 

Corseté dans une vie conforme à l’image des préjugés et diktats de la société normative, Paul va lutter pendant quarante ans pour chasser son désir, s’arranger avec la réalité. Cette autocensure sera un choix sacrificiel.  

Quel est le prix à payer pour être soi ? Quelle liberté Paul peut-il s’autoriser ? Ce voyage en Italie lui apportera plus qu’une réponse, un changement radical de vie. Le dénouement attendu en cachera un autre plus pernicieux qui sera mis à jour par l’auteur afin de réhabiliter le lien intergénérationnel. Gros coup de cœur.  

BESSON, Philippe- « Une pension en Italie » – Ed Juliard- 01/25 –236 p – 21 € – Lecteur Annette FAVIER. Milieu des années 60- Eté caniculaire- Un père de famille décide d’emmener femme et enfants en Toscane visiter la région tout en résidant dans une pension de famille. Il se sent observé par le cuisinier du lieu mais au début n’y prête pas attention. Mais petit à petit une complicité s’établit entre eux et leur vrai nature de cet homme se révèle. D’habitude je ne suis pas fan de cet auteur et de cette atmosphère chargée d’homosexualité qu’il traîne, mais je dois dire que le style et un excellent suspense rendent ce livre agréable à lire !

BESSON Philippe « Une pension en Italie » Julliard Janvier 2026 240 pages Josette Salvi. Dans les années 60, une famille ordinaire commence un voyage en Italie. Paul Virsac et sa femme Gaby font découvrir à leurs filles Suzanne et Colette les beautés de la Toscane. Ils s’installent dans une pension de famille à San Donato. Et c’est là qu’un évènement va bouleverser leur vie. Car Paul va découvrir qu’il a vécu dans le déni toute sa vie.  Des années plus tard le fils de Suzanne va essayer de comprendre pourquoi son grand-père Paul a disparu de l’histoire familiale. Une pension en Italie est un livre plein de sensualité mais c’est aussi un livre qui décrit bien le poids de la société et les choix difficiles pour être soi et trouver le bonheur.

CHAUMARAY Renaud de « Quitter la vallée », Gallimard, 08/25, 206 p., 20 € (Barbara MARTINEC) Ce roman est bien ancré dans le paysage du Périgord et ses grottes. L’auteur a su y raconter trois histoires assez prenantes qui finiront par se croiser. Trois questions : 1. De quel atout disposait Guilhèm, jeune agriculteur, pour séduire Marion, touriste en visite dans la région ? 2. Une étudiante incrédule et son papa Fabien sont-ils réellement en train de découvrir une nouvelle cavité dans les souterrains périgourdins qu’ils connaissent si bien ? 3. Si une jeune maman fuit Bordeaux avec son fils de six ans pour chercher refuge dans la région, elle y vivra le drame de disparition de son fils : réussira-t-elle à le trouver ?

CONNELLY, Michael – « Sans âme ni conscience » – éd Calmann Levy- 01/26 – 4435 p -22,90 €. Lecteur Annette FAVIER. Mickey HALLZE, le demi-frère d’Harry BOSCH à la retraite, prend le relais sous la plume CONNELLY. Avocat des causes perdues, il bataille pour inculper une entreprise qui utilise l’Intelligence artificielle pour pousser des adolescents au meurtre. Nous assistons au duel entre avocats et procureur sous l’œil sévère d’un juge inflexible. Intéressant mais quelques longueurs.

DA COSTA Melissa « Fauves » Albin Michel Janvier 2026 484 pages Josette Salvi. Tony, à 17 ans, après une violente dispute avec son père, quitte la maison et se fait embaucher comme monteur de chapiteaux au cirque Pulko. Le cirque Pulko c’est une histoire de famille, on y devient acrobate, jongleur ou dompteur de génération en génération. Difficile pour Tony de s’y faire une place.  Il parviendra toutefois à devenir le dresseur d’Asia une panthère nébuleuse qui pourrait devenir le clou du spectacle. Mais le domptage n’est pas qu’un phénomène de force et de violence. Tony l’apprendra à ses dépens.  « Fauves » nous embarque dans le monde singulier du cirque, sujet pas souvent évoqué dans les livres. La confrontation d’Asia et de Tony est passionnante.

DEBRÉ Constance « Protocoles ». Flammarion,2026 ; 137 pages. 19 euros. Lecteur ROIG Magali. Dans ce court roman, Constance Debré, évoque au fil des pages, les protocoles minutieux qui régissent, réglementent la vie en prison d’un condamné à mort et son exécution dans un pays jamais nommé mais deviné, les États-Unis. Elle livre ses pensées sur une ville qui ressemble à Los Angeles et se confie sur ses rencontres, sa vie professionnelle et amoureuse. Ce roman concis au style minimaliste dresse la liste froide ,précise de toutes les méthodes de  mise à mort envisagées par les États-Unis :guillotine, pendaison, démembrement, crucifixion, vierge de fer, chambre à gaz…ainsi que leur organisation, préparation dans les prisons: nombre de visites autorisées, fréquence des repas, douches, usages des produits médicaux, objets autorisés (livres…); tâches dévolues au directeur de la prison et à son équipe :vérifications administratives, techniques (contrôle du bon fonctionnement de la chaise électrique, chambre à gaz….),relations  publiques (contact avec la presse, les victimes..) Constance Debré, ancienne avocate qui a étudié longuement les textes de loi, fait le constat que tout est dit dans ces protocoles pas besoin de faire appel à Camus, Kafka… ! mais malgré l’extrême précision, la minutie maniaque voulues par les autorités, nombre d’exécutions virent au cauchemar, l’auteure ne nous prive pas de descriptions abominables des effets du gaz, de l’électricité sur le corps d’un homme. Ce n’est pas un livre de dénonciation, la loi peut être dure mais elle nous protège du chaos, du mal selon Debré. Excellent roman, glaçant, sur un sujet très politique.

DELESALLE Nicolas « L’Art du ricochet » J.C Lattès, 1/2026, 249p, 20,90€ (Milène THONY) J’ai été élevé dans une famille aimante, par des parents originaux, une mère russe, un père né au Chili. Nous formions une famille solaire, 3 enfants, chien et chat. Petit dernier, seul garçon, j’ai été dorloté par deux grandes sœurs. Puis un jour, la mère annonce à ses enfants que leur père a une maîtresse et qu’il a acheté une maison avec elle. Le foyer vole en éclat. Nicolas, à 21 ans, deviendra grand reporter de guerre en Russie. Terribles descriptions de tranchées, de bombardements, de drones tueurs, de morts qui ne sont pas ramassés. Un soldat explique : Nos vies ne valent rien, on ne nous entraîne même pas. On ne sait même pas combattre. Ils veulent effrayer l’ennemi par le nombre …En temps de guerre en Ukraine, les écoles deviennent des prisons !  Comment est-ce possible !

Nicolas sera arrêté en Moldavie, sans connaître le motif de son arrestation. Sa mère lui a appris que la seule liberté dont on dispose c’est de choisir la manière dont on affronte ce qui nous arrive. Roman fort.

FAYOLLE Marion « Petit fruit » Gallimard, 1/2026, 119p, 16 € (Milène THONY) Elle n’arrive pas à tomber enceinte. Elle se désole. Le mari la console en lui disant que ça finira bien par arriver. Un homme inconnu a surgi dans leur vie de fermier. Il a les mains violettes, de la même couleur que la robe de la femme. Obsédé par elle, il la dessine, ne regardant qu’elle, croyant retrouver sa fiancée. Le mari le chasse. Le lendemain il est revenu. Et il veut la peindre. Sans jamais lui adresser la parole. Que croyez-vous qu’il arriva ? Délicat deuxième roman à la belle écriture.

FOMBELLE Timothée de « La Vie entière » Gallimard, 1/2026, 76p, 10€ (Milène THONY) Paris, l’Occupation, Claire, 19 ans, attend son chef de réseau. Son retard laisse présager le pire. Il faudrait qu’elle quitte l’appartement. Elle reste pour taper à la machine la vie qu’elle s’invente avec l’homme qu’elle aime en secret : une vie d’amour fou, des enfants, la paix, le bonheur. Petit livre enchanteur et ardent.

HANKS Tom « Naissance d’un chef d’œuvre du cinéma » – Ed Seuil – 01/26- 479p –24€ Lecteur Annette FAVIER. Cet acteur merveilleux (Philadelphia- Forest Gump- Il faut sauver le soldat Ryan) s’essaie à l’écriture. Dès le départ, quelle déception : ce n’est ni une autobiographie, ni le secret de fabrication d’un film. Sous couvert de roman, il essaie bien de mettre en scène des protagonistes qui serviront à l’élaboration d’une super production, mais tous ces personnages nous lassent !! Et sur 478 pages. On abandonne vite, et ultime tristesse : d’affreuse BD réservées à la fin !!

LAFON Marie-Hélène « Hors champ » Buchet-Chastel, 1/2026, 169p, 19,90€ (Milène THONY) Claire et Gilles sont frère et sœur. Elle a onze mois de plus que son frère. Claire a été mariée et ne l’est plus. Elle est professeur de lettres classiques à Paris. La mère a dit à Claire : Ce n’est pas parce que tu as fait des études que tu sais tout mieux que nous. On n’est plus assez bien pour toi. Gilles prépare un brevet agricole. Il sera paysan, reprendra la ferme, malgré lui. Il n’a pas choisi cette vie. Le père est méchant, il donne des coups. Gilles se bat souvent avec son père. Mais il n’était pas parti. Il n’avait pas pu. Claire lui avait dit :  Si un jour tu veux arrêter tout ça, tu peux compter sur moi. Il avait 40 ans. A 20 ans sa petite amie Christine l’avait laissé tomber. Il était resté un mois sans ne se lever ni se laver. Puis Gilles était sorti avec Nadine qui avait un petit garçon et qui, d’après sa mère, n’était pas fréquentable, de mœurs légères. Gilles faisait honte à sa mère. La mère se plaint qu’elle ne sera jamais grand-mère. On ne voit pas la famille de la mère ni celle du père. Gilles s’ensauvage dans la douleur et la colère. Le père et la mère aussi. Le travail à la ferme les écrase.

LAFON Marie-Helene « Hors champ » Buchet-Chastel Janvier 2026 170 pages Josette Salvi. Hors champ c’est l’histoire de Claire et Gilles nés dans une ferme isolée du Cantal. La vie y est rude à l’image du climat. Dès l’enfance un fossé se creuse entre eux. Claire est une excellente élève, Gilles, rêveur et tourmenté peine à apprendre. A l’adolescence, Gilles doit aider à la ferme et subir la méchanceté du père alors que Claire part faire des études, elle deviendra enseignante et écrivaine. Même si Claire continue à le soutenir, Gilles se retrouve confronté à la dureté de la vie de petit paysan, au manque d’argent et à une solitude profonde. Claire parviendra-t-elle à le sortir de son désespoir ?  Hors CHAMP au cinéma c’est ce qu’on ne montre pas et avec sa langue ciselée et charnelle. Marie-Hélène Lafon nous plonge dans l’intimité de la vie de paysan au 21ème siècle et réussit à nous faire ressentir la détresse d’un monde paysan à l’agonie.A lire et à relire pour la beauté du style.

LA ROCHEFOUCAULD Louis-Henri de « L’amour moderne », Robert Laffont, 8/25, 246 p., 20 € (Barbara MARTINEC) De mon point de vue, ce roman souffre du parisianisme de son auteur. Sa langue, les rapports entre les personnages, aussi bien que le milieu social représenté sont trop classiques, trop élitistes et même désuets. On y met en scène des privilégiés habitant le XVIe arrondissement de Paris et ils sont tous désabusés : issu de la noblesse russe, un jeune dramaturge au succès international est divorcé et en panne d’inspiration, en plus il rumine toujours la perte d’un ami d’enfance ; la femme qu’il se mettra à côtoyer fut à une époque une actrice très connue, mais là elle est juste victime de son mari, grand producteur de cinéma. L’auteur malheureusement ne se contente pas de nous raconter l’histoire de ces deux amants, il évoque l’histoire d’un suicide survenu réellement au palais de l’Élysée, le spleen de lady Di, ainsi que les faces cachées du showbiz et du cinéma international pour nous dire que derrière le glamour, il y a l’infamie des prédateurs et la détresse des femmes.

LEPAGE Mei « Sécher tes larmes ». Editions Verso, Janvier 2026. 432 pages ; 19,90euros. Lecteur ROIG Magali. En 2017 à Annemasse, en Savoie, la jeune Adèle Jezequel, fille du commissaire de la région, est enlevée, retenue prisonnière et violée régulièrement par son agresseur. Libérée miraculeusement, son ravisseur n’a jamais été arrêté. Sept ans plus tard elle est de nouveau kidnappée. Emma Fauvel, amie d’enfance de la victime et policière à Paris est appelée en renfort dans les Alpes. Elle y retrouve des anciens collègues, le commissaire Jezequel, mais aussi un passé douloureux. Excellent roman policier, le premier de son auteure, également policière. Rythme soutenu, beaucoup de rebondissements, de retournements de situation, une intrigue policière originale, des personnages complexes, torturés mais attachants, des secrets familiaux terribles, des sujets actuels (violences faites aux femmes, aux enfants), une fin pas très légale mais jouissive ! Tout concourt à faire de ce roman un très agréable moment de lecture. 

MARAINI Dacia « Trio, Histoire de deux amies, d’un homme et de la peste à Messine » ; Ed Grenelle, 09/2025 / 109 p ; 10€ (Christiane Dumont). Roman traduit de l’italien. Sicile 1743. C’est l’histoire d’une amitié entre Agata et Annuzza, née lorsqu’elles étaient encore petites filles et nourrie de leurs activités communes. Toutes deux aiment Girolamo, mais leur amitié est plus forte que tout. Elles la défendent contre la jalousie et les conventions. C’est un échange épistolaire durant la peste qui frappe la ville de Messine en 1743-1744, chacune s’étant réfugiée à la campagne pour s’éloigner du mal. Une réflexion sur l’amitié, le mariage, les sentiments. Un intérêt historique et littéraire. Plaisant à lire, original et instructif.

QUIGNARD Pascal « Il n’y a pas de place pour la mort » Ed. Hardies, 1/2026, 150p, 19€ (Milène THONY) Pourquoi, ma grand-mère, mon grand-père, m’avez-vous légué ce monde de langues, de livres, de chants, de partitions, de simulacres de chagrins, d’écrans savants et d’idées mélancoliques ? Le titre est emprunté au dernier vers d’Emily Brontë morte à 27 ans. Le roman de P. Quignard est magnifique, quelques fois en vers. Et si la mort n’était qu’un simple changement de lieu, une sortie vers un nouveau commencement ? Le roman est dédié à sa mère A celle qui ne m’a jamais aimé. A lire.

ROUCHON-BORIE Dimitri « Mouette » Ed. Le Tripode, 1/2026, 220p, 19€ (Milène THONY) Un homme se réveille dans l’obscurité, coincé dans un boyau, dans des rochers humides, froids. Il ne sait pas où il est. Pour quelle raison est-il arrivé là, pourquoi y-a-t-il d’autres hommes mal intentionnés auprès de lui. L’auteur ne nous en donnera l’explication qu’à la fin du roman. Qui est surprenante. Du grand art ! Chapeau l’artiste. Par l’auteur du sombre Démon de la colline aux loups.

ROW Jess « Un monde nouveau », trad. de l’américain par Stéphane Roques, Albin Michel, 8/25, 608 p., 24,90 € (Barbara MARTINEC) Mariés depuis 1974, les Wilcox habitent à Manhattan. Le mari Alexander-Sandy est avocat, l’épouse Naomi est scientifique en climatologie et juive. Quand Naomi annonce à leurs enfants que son père biologique était un homme noir, c’est le choc. Puis en 2003 arrive la tragédie : à 21 ans, la plus jeune de la fratrie est tuée par l’armée israélienne car elle militait contre le délogement des Palestiniens. La rupture à l’intérieur de cette famille est générale : Sandy tente de se suicider, quitte le travail et se retire en province, Naomi se met en couple avec une femme de son travail. Cet auteur trop ambitieux surcharge son texte en voulant englober tous ses sujets de prédilection : secrets de famille ; judaïsme ; environnement, et parfois même des questions scientifiques trop pointues ; des réflexions sur l’identité et la race, la mystique bouddhiste et culture mexicaine ; critique de la politique américaine quand p. ex. l’autre fille du couple, Winter, qui est avocate spécialisée du droit de l’immigration, dit : « Je refuse d’élever un enfant dans ce pays cauchemardesque », etc. etc.

SUTER Martin « Allmen et le dernier des Weynfeldt », traduit de l’allemand par Olivier Massoni, Ed Phébus 05/25, 188 p, 16,50€ (Gilles KRIKORIAN). Allmen, sorte de détective spécialisé dans la recherche d’œuvres d’art disparues et Adrian Weynfeldt, descendant d’une vieille dynastie d’hommes d’affaires, font connaissance autour d’un verre dans un bar. Les deux hommes issus du même milieu bourgeois, ne tardent pas à se trouver quelques affinités communes en lien avec la peinture. C’est lorsqu’Adrian invite Allmen à venir chez lui qu’il s’aperçoit qu’un de ces tableaux a été dérobé et demande à Allmen d’enquêter.Roman policier composé de 3 parties où l’intrigue piétine dans un milieu privilégié et artistique où tout sonne faux même le tableau volé de Picasso.

TALLENT Gabriel « La Voie » Gallmeister Janvier 2026 480 pages Josette Salvi. Tamma et Dan sont des passionnés d’escalade. Chaque nuit ils s’entraînent dans le sud du désert de Mojave. Inséparables ils viennent pourtant de milieux très différents, Tamma dans une famille miséreuse et Dan est le fils d’une écrivaine à succès.  Dans cette dernière année de lycée, ils vont devoir faire un choix de vie entre leur soif de découvertes de nouvelles voies et les réalités de la vie. A travers leur histoire La Voie nous montre un pays fracturé bien loin du rêve américain. Gabriel Tallent (lui-même grimpeur confirmé) fait sans cesse le parallèle entre l’escalade et la vie réelle. Il faut parfois se mettre en déséquilibre et prendre des risques pour trouver sa voie. Après le merveilleux « My absolute darling » encore un livre magnifique.

VERONESI Sandro- « SEPTEMBRE NOIR » – 01/26- 307 p-22,90€ LECTEUR : Annette FAVIER. Sandro VERONESI a emporté le GONCOURT italien en 2006 puis en 2020. Je n’ai pas lu ses livres précédents. Dans celui-ci le narrateur LUIGI, fils d’un avocat pénaliste et d’une belle rousse irlandaise, décrit les jours heureux passés en famille en 1972, dans une s’tatio.

VIGAN Delphine de « Je suis Romane Monnier » Gallimard, 1/2026, 332p, 22€ (Milène THONY) En rentrant du restaurant, Thomas réalise que son téléphone a été échangé avec un autre, de la même marque. Il se souvient qu’une jeune femme était assise très proche de lui. Les tables du bistrot étaient collées les unes aux autres. La jeune femme ne va jamais réclamer la restitution de son portable. Les jours passent et Thomas s’en étonne. L’aurait-elle échangé intentionnellement ? Et dans quel but lui a-t-elle laissé son code secret ? Pourquoi une jeune femme inconnue lui confierait-elle un objet qui contient une grande partie de sa vie ? Il est entré dans la vie de quelqu’un d’autre et il n’est pas sûr de vouloir en sortir. Les jeunes ont peur du monde que les adultes vont leur laisser, violence, insécurité, pollution, climat perturbé, eau en diminution, drogue, risque de guerre. Sur ChatGPT, échange avec un robot, Thomas a trouvé une question de Romane Comment disparaître sans laisser de traces ? Et c’est ce que va faire Romane …

BIOGRAPHIE

LIAUT Jean-Noël « La princesse insoumise » Allary éditions. 295 pages. 22,90€. Édité en janvier 2023. Lecteur Céline DOBBELS. Je viens de lire cette biographie incontournable qui peut et doit être dans toutes les bibliothèques. Gayatri Devi, dite Ayesha, descendante de maharadjas, épousera le maharadja de Jaïpur, la ville rose. Très belle, très intelligente, très résolue, elle connaîtra et vivra tout de l’évolution de l’Inde, de sa naissance en 1919 à son décès en juillet 2009. C’est un magnifique panorama d’un monde perdu, d’un à venir.

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